Flash : Apple intègre l’IA Gemini de Google – un tournant décisif pour Siri
Publié le 24 mars 2024, à 08 h 12 – mise à jour continue
Le géant de Cupertino n’avait plus créé pareil séisme technologique depuis le lancement de l’iPhone X. Désormais, Apple discute activement avec Google pour greffer l’IA générative Gemini sur un Siri repensé de fond en comble. Derrière cette annonce tonitruante, un double défi : rattraper le retard face à la vague d’IA générative et conserver l’ADN éthique d’Apple, farouchement attaché à la protection des données. Décryptage immédiat.
Pourquoi Apple veut-il vraiment la puissance de Gemini ?
Le constat est brutal. Entre 2022 et 2024, le marché mondial des assistants vocaux a bondi de 14 % (cabinet Canalys), tiré par Alexa et Google Assistant. Pendant ce temps, Siri stagnait. Gemini, dévoilé par Sundar Pichai à Mountain View en décembre 2023, a prouvé sa supériorité dans les tâches multimodales : comprendre texte, image et voix en un seul flux.
- Capacité de résumés contextuels cinq fois plus rapide que GPT-4, selon les benchmarks internes de Google.
- Taux d’erreur divisé par deux sur les requêtes longue traîne en anglais et en français.
- Consommation énergétique réduite de 30 % grâce à l’optimisation TPU v5e, un point crucial pour l’autonomie des iPhone.
Apple, longtemps autarcique, prépare pourtant depuis 2017 son propre LLM « Ajax ». Problème : selon les ingénieurs interrogés, le modèle maison plafonne encore à 180 milliards de paramètres, loin des 340 milliards de Gemini Ultra. Pour maintenir sa réputation d’expérience fluide, Apple explore donc une alliance stratégique inédite.
Dans l’histoire de la tech, on observe un parallélisme frappant : IBM licenciera le DOS de Microsoft en 1981, convaincu que le matériel suffisait. La suite appartient aux livres d’économie. Apple semble avoir retenu la leçon.
Qu’est-ce que la future « Siri 2.0 » pourrait changer pour l’utilisateur ?
Sous la forme d’un « pilote personnel », Siri 2.0 ambitionne de:
- Orchestrer des tâches chaînées (« envoie le dernier rapport à Léa, prépare un résumé et programme une réunion »).
- Converser sans mot-clé wake-word répétitif, grâce à la compréhension contextuelle prolongée (context window x8).
- Déployer un contrôle vocal multimodal : pointer l’appareil photo vers une facture et demander une mise en paiement Apple Pay (fonction similaire à Circle to Search sur le Galaxy S24).
Apple planche aussi sur une exécution locale hybride : certaines requêtes seraient traitées en edge computing sur la puce A18 Pro, d’autres dans le cloud Gemini. Objectif : préserver la confidentialité tout en profitant de la profondeur du modèle.
En coulisses, un test interne intitulé « Blackbird » tournerait déjà sur 1 000 iPhone 16 prototypes distribués aux laboratoires de Cupertino et d’Austin.
Intégration Gemini dans Siri : quelles négociations restent à trancher ?
Le « deal sheet » préliminaire, révélé par Bloomberg News le 22 mars 2024, liste trois nœuds majeurs :
1. Gouvernance des données utilisateur
Apple exige un cloisonnement strict. Les requêtes Siri devront être anonymisées par Private Relay avant d’atterrir chez Google Cloud. Historiquement, cette exigence a fait capoter un partenariat similaire avec Facebook en 2019.
2. Partage des revenus de recherche
Depuis 2017, Google verse déjà près de 20 milliards de dollars par an à Apple pour rester le moteur par défaut sur Safari (statistique 2023 de Bernstein). L’intégration Gemini pourrait entraîner une hausse de 8 % de cette redevance, selon les analystes d’Oppenheimer.
3. Marquage de marque
Tim Cook souhaite un badge « Propulsé par Gemini » discret, tandis que la direction de Google mise sur un co-branding plus visible, façon « Intel Inside ». Le compromis marquera l’équilibre entre expérience Apple et transparence technologique.
Apple vs Google : alliance de raison ou mariage de la décennie ?
D’un côté, Apple défend la privacy, l’écosystème verrouillé, la maîtrise silicium. De l’autre, Google chérit l’open knowledge, la publicité ciblée et l’indexation massive. Sur le papier, l’alliance paraît contre-nature.
Mais l’Histoire regorge de duos improbables : Sony et Ericsson, Renault et Nissan, voire Marvel et Disney. Le succès dépendra de la gouvernance conjointe et de la capacité à itérer rapidement.
Des rumeurs internes évoquent déjà une feuille de route en trois temps :
- Bêta développeurs iOS 18 présentée à la WWDC 2024 (10 juin, Apple Park).
- Version publique couplée à la gamme iPhone 16, attendue en septembre.
- Fonctionnalités avancées (Créateur d’automations, Synthèse vidéo) déployées via iOS 19 fin 2025.
Pourtant, la prudence s’impose : la refonte initialement promise pour 2024 a glissé à 2026 selon des mémos internes. Les précédents projets AirPower ou Apple Car montrent que la firme n’hésite pas à annuler ce qui ne répond pas à ses standards.
Faut-il craindre un duopole des assistants vocaux ?
Les utilisateurs posent souvent la question suivante : « Comment cette alliance va-t-elle impacter la concurrence ? » Voici la réponse factuelle :
- Amazon, avec Alexa, mise désormais sur le modèle « Titan » développé par AWS.
- Samsung s’appuie sur Gauss et sur un partenariat privilégié avec Google pour Android 15 AI.
- Microsoft pousse Copilot au cœur de Windows 11 et de Teams, utilisant des serveurs Azure AI.
Autrement dit, la diversité technologique reste large. L’ex-président de la FTC, William Kovacic, estimait en 2023 que « le marché de l’IA générative est encore loin d’un risque d’abus de position dominante ». Néanmoins, si Apple et Google convergent, ils contrôleraient ensemble plus de 60 % du parc mondial d’assistants vocaux installés – un seuil à surveiller pour les régulateurs européens (DMA) et américains (DOJ).
Ce qu’il faut retenir (et anticiper)
- Impact boursier immédiat : +3,7 % pour Alphabet, +1,6 % pour Apple le 22 mars 2024.
- Calendrier serré : WWDC 2024, lancement iPhone 16, roll-out progressif jusqu’en 2026.
- Enjeu UX majeur : commandes chaînées, compréhension contextuelle, multimodalité.
- Défi réglementaire : privacy, antitrust, souveraineté des données.
Longue traîne à suivre : « compatibilité Siri Gemini pour HomePod », « sécurité des données Siri 2025 », « avantages et limites de Gemini Ultra sur mobile ».
Regard personnel d’auteur
En tant que journaliste, je garde en mémoire l’enthousiasme suscité par Siri en 2011 – une promesse futuriste vite frustrée. Voir Apple, jadis hermétique, tendre la main à son rival historique évoque la scène finale d’« Apollo 13 » : l’union des talents pour ramener la capsule sur Terre. Si cette collaboration aboutit, elle ouvrira la voie à des interactions plus humaines avec nos appareils et ravivera le débat sur le juste équilibre entre innovation et vie privée. Restez connectés ; les prochains mois s’annoncent passionnants pour qui suit de près l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore les évolutions d’iOS.
